Pour leur workshop intitulé Délicieuses Charognes, les étudiants de l’Iffdec ont expérimenté la technique de la sérigraphie pour produire une série d’affiches grands formats commandées par le 30ᵉ Festival de musique improvisée de Lausanne. Cette année, le festival questionne le désir (thématique vaste et sensuelle) et le parti-pris pédagogique a été clair : transformer la contrainte en moteur créatif. Le résultat n’est pas seulement graphique, il est conceptuel : chaque affiche porte la tension entre accumulation et omission, répétition et surprise, comme une partition visuelle jouée au fil de l’atelier.



Processus de créationet techniques
L’exercice imposait une règle simple et radicale qui a structuré toute la démarche : un seul cadre de sérigraphie disponible chaque jour, et avec ce cadre, chaque groupe ne pouvait imprimer qu’une partie de son visuel et de son texte. À la manière du cadavre exquis, les images et fragments textuels se complétaient au fur et à mesure des sessions. Chaque groupe disposait par ailleurs de cinq exemplaires de la même affiche, imprimés à chaque session avec la même matrice mais modulés par :
- la position changeante du cadre (translation, rotation, décalage),
- l’usage de masques et de caches,
- la répétition et le recouvrement volontaire des couches,
- et la possibilité raisonnée d’ajouter d’autres techniques manuelles (collages, rehauts à l’encre, lavis ) à condition que la sérigraphie reste le médium principal.
Ce protocole a généré des micro variations fascinantes : cinq tirages sortis d’une même matrice mais chacun doté d’un rythme, d’un souffle et d’une texture propres. Papiers grainés, passages opaques ou transparents, surimpressions partielles grâce à l’atelier a encouragé les étudiants à explorer la palette expressive de la sérigraphie : superpositions chromatiques, doubles expositions, textures imparfaites et accidents maîtrisés. Du point de vue graphique, la contrainte s’est révélée être une ressource : elle force à penser la composition en couches, à considérer l’espace négatif comme acteur, et à faire dialoguer texte et image par fragments.



une identité visuelle prête à investir la ville
Toutes les affiches produites devaient mentionner les informations officielles du festival : « 30e festival de musique improvisée de Lausanne du 9 au 14 août 2026 ». Mais au-delà de la conformité informative, ces affiches proposent une lecture : chacune interroge le désir (ses manques, ses répétitions, ses interruptions) par des jeux de superposition, d’ellipses typographiques et de traces d’impression qui semblent retenir ou libérer le regard. Le grand-format amplifie ces effets : textures visibles à distance, variations de tons selon l’éclairage urbain, et une matérialité (encres épaisses, transparences) que l’écran ne rend pas.
Pour le Festival de musique improvisée de Lausanne, ces affiches signées Iffdec offrent plus qu’une promotion : elles instaurent une conversation visuelle avec le public. Elles donnent au thème du désir une matérialité immédiate ( tactile, imparfaite, partagée ) et posent la question de la performance graphique dans l’espace public. Les séries multiples facilitent aussi une stratégie d’affichage : déploiement en pellicules répétées, juxtaposition d’exemplaires variantes pour créer des micro installations urbaines, ou sélection ciblée selon le site (salles de concert, cafés, trams).



