le corps comme fil conducteur

L’atelier Muséologie mené par la classe prépa design et de deuxième année d’architecture d’intérieur de l’IFFDEC a offert aux étudiants une commande claire et stimulante : concevoir, pour un volume imposé, une proposition muséographique complète autour de la thématique du « corps« . Chaque groupe devait choisir un artiste comme point de départ avec par exemple des références historiques et contemporaines évoquées dans le brief comme Niki de Saint Phalle, Ron Mueck ou Jean-Michel Basquiat. Ils devaient ensuite imaginer une « pièce » dans le musée qui permette d’exposer plusieurs œuvres reliées par une narration sensible et critique.

L’enjeu annoncé était double : créer une expérience perceptive forte pour le visiteur tout en maîtrisant les codes rigoureux de la muséographie (parcours, cadrages, gestion de la lumière, distance et immersion). Le workshop a ainsi posé la question essentielle de la rencontre entre design d’espace, design produit et design graphique, dans un geste de création globale et transdisciplinaire.

concevoir dans un cadre réel

Les consignes du workshop détaille précisément le « terrain » d’intervention : un volume de 10 m x 10 m sur 5 m de hauteur, entrée à l’ouest, sortie à l’est et apports de lumière naturelle par des ouvertures au sud. Les murs périphériques, la position entrée/sortie et des ouvertures sont non modifiables ; en revanche, les étudiants pouvaient construire cloisons, mezzanines, faux plafonds, dispositifs lumineux et sonores, ou objets-scénographiques (podiums, assises, cartels conçus comme objets). Ces éléments structurants ont poussé chaque équipe à penser simultanément l’échelle du bâtiment et l’échelle du détail scénographique. Le rendu attendu comportait :

  • une maquette d’échelle 1/20ᵉ présentant couleurs, mobilier et textes muraux ;
  • une affiche et une introduction typographique destinées à participer à l’expérience spatiale ;
  • une maquette-objets du cartel (échelle 1) transformant l’étiquette en élément scénographique ;
  • un storyboard du parcours visiteur et un plan graphique mettant en évidence séquences et points de vue ;
  • des planches analytiques montrant intentions lumineuses et perceptives.

Côté pédagogie, l’exercice a forcé l’épure conceptuelle : il ne suffisait pas d’« habiller » l’espace, il fallait penser la mise à distance (quand isoler une œuvre), la mise en immersion (quand la rapprocher du corps du visiteur), et la circulation rythmée par des appels visuels et des cadrages soit autant de notions au cœur de la muséologie contemporaine.

Restitution et regard

Les restitutions orales et maquettes ont révélé une grande variété de réponses : certaines équipes ont opté pour des cellules d’intimité serties dans le volume (micro-pièces sombres filtrant la lumière sud pour intensifier la perception tactile), d’autres pour des parcours fragmentés où des passerelles et niveaux successifs changent la posture du visiteur (debout, incliné, assis) transformant la visite en expérience performative.

Le travail graphique a souvent démultiplié le propos : affiches typographiques minimalistes, introductions murales en rupture de matériau, et cartels conçus comme objets ont montré que l’information peut elle-même être scénographie. Ces choix montrent l’efficacité du format “design global” prescrit par le workshop : l’espace, l’objet et l’image dialoguent pour porter un discours sur le corps, ses représentations et ses enjeux (identité, vulnérabilité, puissance).

Enfin, le traitement de la lumière qu’elle soit filtrée, obstruée ou accentuée selon les œuvres, a été utilisé comme matériau narratif : jouer de l’ombre pour évoquer l’absence corporelle, ou magnifier une surface pour la rendre presque tactile, sont des solutions récurrentes et convaincantes observées lors des présentations.